Les invités de la Glacière

Dans le cadre du festival photographique Are You Experiencing ?

JOANNA CHUDY

l’invitée d’honneur du festival

Née en 1976 en Pologne
Habite et travaille à Bielsko-Biala

2002 Diplôme de l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie.

2009 Diplômes de l’École supérieure de Cinéma, de Télévision et de Théâtre de Łódź.

2013 Doctorat de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie

Membre du ZPAF depuis 2014

 

Oblivion. Hidden Identity*

La faiblesse humaine organise son amnésie.

Sommes-nous dans le passé ou dans le présent ?

La mémoire est sélective et nous joue souvent des tours.

Pourquoi notre mémoire conserve-t-elle des évènements à oublier et en efface d’autres dont nous aimerions nous rappeler ?

Le choc entre le passé et le présent est au cœur de cette série, un point de vue sur plusieurs générations révélant une histoire compliquée liée à une période difficile ».

À  travers les paysages de la Silésie, l’attention du spectateur est attirée par cette jeune femme en tenue de bain.

Réminiscence, peut-être, de cette championne de natation juive, Gertrude DAWIDOWICZ,
28 fois titrée en compétition avant la seconde guerre mondiale.

* Le projet Oblivion. Hidden Identity a été réalisé dans le cadre de la bourse du Ministère de la Culture et du Patrimoine

 


CARLA BERNHARDT

INTIME MÉTAMORPHOSE

Du 1er janvier au mercredi des Cendres, la Guadeloupe vit et vibre au rythme des sons du tambour, des danses et des pas saccadés qui font
trembler les pavés de la ville. Le carnaval est très attendu, et notamment celui qui fait la particularité de l’île, celui qui retentit souvent la nuit, le MAS A PO. Les groupes puisent leur force dans l’histoire et les traditions ancestrales.

Ils s’inscrivent dans une volonté de transmission mais aussi dans la recherche identitaire, où costumes et chants transmettent des messages et revendiquent cet héritage historique et culturel. Les groupes à Po se distinguent en utilisant des tambours en « peaux de cabris », des parures faisant appel à la richesse de la faune et de la flore, des fouets qui ouvrent le rituel en dessinant des formes en l’air avant de retentir au sol en chassant quelques mauvais esprits au passage.

Mais il y a surtout le maquillage qui interpelle, que ce soit sur le visage ou sur le corps. D’ailleurs certains parlent de peinture. Le corps devient ainsi une surface d’expression, un support avec ses aspérités, ses lignes, ses courbes mais aussi son histoire qu’il transporte au fil du temps. La peau raconte, résonne et se détache de son carcan social. La nudité comme dénominateur commun permet à chacun d’écrire sur cette page vierge avec son langage propre, sa ponctuation et son intonation.

Ces peintures font intégralement partie de cette métamorphose, de cette transfiguration où tout est possible. Chacun se met à nu et revêt son costume de couleurs, devient autre, se libère et se laisse habiter par celui qu’il incarne. Masculin et féminin se confondent dans leurs expressions les plus variées. Je ressens une incroyable énergie, elle circule dans les interstices de leur intimité et se glisse dans chaque reflet et mouvement. Et soudain musique et danse s’emparent de ces personnes qui sont, qui deviennent et qui s’échappent.


OLIVIER DEXHEIMER

RÉALITÉS BICHROMATÉES

Tout commence en juillet dans les Vosges, le jour de ses 9 ans. Il reçoit ce jour-là un petit Kodak Instamatic, qu’il adopte immédiatement. Ses premières photos : des champs autour de la maison, un peu bancals, les moutons de la ferme au loin – trop loin !, les Vosges, l’été. Son père, qui prend beaucoup de photographies de végétaux pour ses travaux scientifiques, a guidé les premiers pas de son aîné : ne pas mettre l’horizon au milieu, faire un premier plan, soigner la mise au point, l’exposition … Lentement, l’éducation à la perception de la lumière fait son chemin.

A la fin du 19ème siècle, la représentation de plus en plus fidèle de la réalité par la toute jeune photographie est l’argument principal des détracteurs de celle-ci, pour lui dénier toute ambition artistique : une stricte reproduction de la réalité, par le biais d’une “machine”, ne peut à leurs yeux prétendre incarner une quelconque démarche artistique. En réaction, le mouvement pictorialiste explore donc un certain nombre de pratiques et de techniques pour ré-introduire dans les tirages une distance vis-à-vis du réel et une possibilité d’action directe sur l’image en révélation, ouvrant de ce fait la porte à des prétentions artistiques : une de ces techniques est le tirage à la gomme bichromatée.

Le principe est simple. Il exploite la caractéristique des colloïdes (ici la gomme arabique) de durcir à la lumière avec l’ajout de bichromate de potassium. Comme ce mélange est transparent, il faut apporter de la couleur par des pigments utilisés en peinture, aux noms poétiques : terre de Sienne, d’Ombre, brun Van Dyck, rouge de Mars, noir de fumée… ce qui produit des images en nombreuses variations autour du brun, du rouge ou orange et du sépia. Le positionnement temporel d’une image contemporaine est ainsi brouillé par ces tonalités chaudes et ce rendu pictorialiste qui renvoient aux débuts de la photographie, tandis certaines scènes, plus intemporelles, conservent leur sens avec ce rendu.

Avec cette technique très manuelle, soumise aux conditions climatiques et à la qualité de l’eau, aux résultats souvent aléatoires, aux étapes de tirage nécessairement longues, la photographie numérique retrouve une matérialité et un caractère unique que les méthodes d’impression
actuelles ne peuvent plus procurer. Une sorte de “slow photography”, à rebours de la compétition technologique. Enfin, grâce à ces qualités, orthogonales à la précision toujours plus poussée des capteurs numériques actuels, la technique de la gomme bichromatée est donc un moyen privilégié pour ré-interpréter des images numériques, en introduisant une distance au sujet, par la perte des détails et des valeurs faibles de l’image, par le grain du papier et la variation des tonalités qui explorent les possibilités des pigments utilisés. L’exploration de cette distanciation est donc l’objet de la série présentée.

 


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https://areyou-experiencing.fr

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